Nous utilisons des Cookies pour mesurer l'audience de notre site internet. Vous pouvez vous opposer aux traitements basés sur l'intérêt légitime à tout moment en cliquant sur 'Refuser'. Pour plus d'informations : Politique de confidentialité
Contrôles & enquêtes

Enquête interne en entreprise : méthodologie et droits des salariés

Catégorie de l'article :
Contrôles & enquêtes
Date de l'article :
28/1/2025
Résumé de l'article :
Guide pratique pour mener une enquête interne : réception de l'alerte, préparation, garantie de la régularité des actes d'enquête et protection des droits des salariés.
Auteur de l'article :

L'enquête interne : un outil essentiel de la compliance

L'enquête interne constitue un élément clé du dispositif de compliance des entreprises. Elle permet de réagir aux alertes et signalements reçus, de vérifier la réalité des faits allégués et de prendre les mesures appropriées. La conduite d'une enquête interne requiert une méthodologie rigoureuse garantissant à la fois l'efficacité des investigations et le respect des droits des personnes concernées.

La réception de l'alerte

Les canaux de signalement

Les alertes peuvent être reçues par différents canaux : dispositif d'alerte interne prévu par la loi Sapin II, signalement hiérarchique, plainte d'un tiers, découverte fortuite lors d'un audit. Quel que soit le canal utilisé, l'alerte doit être traitée avec sérieux et diligence.

L'accusé de réception

Conformément aux dispositions de la loi du 21 mars 2022 sur la protection des lanceurs d'alerte, un accusé de réception doit être adressé au lanceur d'alerte dans un délai de sept jours ouvrés. Cet accusé de réception ne préjuge pas de la suite qui sera donnée au signalement.

L'analyse préliminaire

Avant de lancer une enquête interne formelle, il convient de procéder à une analyse préliminaire du signalement pour déterminer :

  • La recevabilité du signalement au regard des critères légaux
  • La crédibilité prima facie des allégations
  • L'urgence des mesures à prendre
  • Les ressources nécessaires pour conduire l'enquête

La préparation de l'enquête

La constitution de l'équipe d'enquête

L'équipe d'enquête doit être composée de personnes compétentes et indépendantes des faits à investiguer. Selon la nature et la complexité des allégations, elle peut comprendre :

  • Des membres du département compliance ou juridique
  • Des auditeurs internes
  • Des représentants des ressources humaines
  • Des experts externes (avocats, forensic, etc.)

Le périmètre de l'enquête

Le périmètre de l'enquête doit être défini précisément dès le départ. Il détermine :

  • Les faits à investiguer
  • La période couverte par l'enquête
  • Les personnes et entités concernées
  • Les documents et systèmes d'information à examiner

La garantie de régularité des actes d'enquête

Le respect du contradictoire

Les personnes mises en cause doivent être informées des faits qui leur sont reprochés et avoir la possibilité de s'expliquer. Le respect du contradictoire est essentiel pour garantir la fiabilité des conclusions de l'enquête et leur opposabilité ultérieure.

La confidentialité

L'enquête doit être conduite dans le respect de la confidentialité. Les personnes interrogées doivent être informées de leur obligation de discrétion et les documents d'enquête doivent être conservés de manière sécurisée.

La traçabilité

Tous les actes d'enquête doivent être documentés : procès-verbaux d'entretiens, inventaires des documents examinés, notes d'analyse. Cette traçabilité est essentielle en cas de contentieux ultérieur.

La protection des droits des salariés

L'information du salarié

Le salarié mis en cause doit être informé de l'enquête dont il fait l'objet et des faits qui lui sont reprochés. Il doit pouvoir être assisté lors des entretiens, notamment par un représentant du personnel.

La protection des données personnelles

L'enquête interne implique le traitement de données personnelles, qui doit être conforme au RGPD. Les personnes concernées disposent de droits d'accès, de rectification et, dans certains cas, d'opposition au traitement de leurs données.

Le droit du travail

L'enquête interne doit respecter les dispositions du Code du travail, notamment en matière de procédure disciplinaire. Si l'enquête révèle des faits susceptibles de justifier une sanction, la procédure disciplinaire doit être engagée dans les délais légaux.

Les suites de l'enquête

À l'issue de l'enquête, plusieurs suites sont possibles :

  • Classement sans suite si les faits ne sont pas établis
  • Mesures disciplinaires à l'encontre des personnes mises en cause
  • Signalement aux autorités compétentes si les faits sont constitutifs d'une infraction pénale
  • Mesures correctives pour prévenir la réitération des faits
  • Information du lanceur d'alerte sur les suites données à son signalement

La proposition de loi Sapin III

La proposition de loi Sapin III envisage de renforcer le cadre juridique de l'enquête interne, notamment en précisant les garanties devant être offertes aux personnes concernées et en clarifiant l'articulation entre enquête interne et procédure pénale.