
Depuis l'entrée en vigueur de la loi Sapin II, les entreprises de plus de 500 salariés doivent disposer d'un dispositif d'alerte interne permettant aux employés de signaler des comportements contraires au code de conduite. Cette obligation a mécaniquement multiplié le nombre d'alertes reçues par les organisations, et donc le nombre d'enquêtes à mener.
Mais au-delà de l'obligation légale, l'enquête interne répond à un besoin opérationnel évident. Face à des allégations de corruption, de harcèlement, de fraude ou de manquement éthique, l'entreprise ne peut pas rester passive. Elle doit établir les faits, protéger les personnes concernées et, le cas échéant, prendre les mesures qui s'imposent.
L'enjeu est considérable : une enquête mal conduite peut compromettre d'éventuelles poursuites disciplinaires, exposer l'entreprise à des contentieux, ou pire, laisser perdurer des situations inacceptables. À l'inverse, une enquête rigoureuse permet de traiter efficacement les problèmes tout en préservant les droits de chacun.
Tout commence par la réception d'un signalement. Ce moment est crucial : la manière dont l'entreprise réagit dans les premières heures conditionne souvent la suite de la procédure.
Le lanceur d'alerte a fait une démarche qui lui a probablement coûté. Il s'est exposé, a pris un risque professionnel et personnel. Ne pas lui répondre, c'est lui envoyer un signal désastreux sur la crédibilité du dispositif d'alerte.
Un courriel d'accusé de réception doit être envoyé rapidement. Ce message remplit plusieurs fonctions :
Toute alerte ne justifie pas nécessairement une enquête formelle. Certains signalements peuvent être manifestement infondés, relever d'un simple malentendu, ou concerner des faits déjà traités. D'autres, au contraire, décrivent des situations graves nécessitant une investigation approfondie.
Cette phase de tri est délicate. Elle doit être menée avec discernement pour éviter deux écueils opposés :
Les critères à prendre en compte incluent la gravité potentielle des faits, leur vraisemblance au regard des éléments fournis, l'existence d'autres signalements convergents, et les risques pour les personnes ou l'organisation.
La crédibilité d'une enquête interne repose largement sur les personnes qui la conduisent. Leur compétence, leur indépendance et leur impartialité doivent être irréprochables.
Les personnes désignées pour mener l'enquête doivent réunir plusieurs caractéristiques :
Plusieurs profils peuvent être mobilisés, selon la nature des faits et les ressources de l'entreprise :
Pour les affaires complexes ou sensibles, le recours à des intervenants externes — avocats, consultants spécialisés — peut s'avérer judicieux. Leur regard extérieur renforce l'objectivité de l'enquête, et le secret professionnel de l'avocat offre une protection supplémentaire aux échanges.
Avant de commencer, chaque membre de l'équipe d'enquête doit s'interroger sur l'existence d'éventuels conflits d'intérêts. Une relation personnelle avec le lanceur d'alerte ou avec la personne mise en cause, une implication même indirecte dans les faits signalés, ou tout autre élément susceptible d'affecter l'objectivité doit conduire au retrait de l'enquête.
Une enquête interne ne s'improvise pas. Avant de convoquer qui que ce soit ou de consulter le moindre document, un travail de préparation s'impose.
L'enquête doit être cadrée dès le départ. Quels faits cherche-t-on à établir ? Quelle période est concernée ? Quelles personnes sont potentiellement impliquées ? Quels documents sont susceptibles d'être pertinents ?
Ce cadrage initial permet d'éviter deux dérives : l'enquête trop étroite, qui passe à côté d'éléments importants, et l'enquête qui s'égare dans des directions sans rapport avec le signalement initial.
Un plan d'enquête efficace comprend généralement :
Les conditions matérielles des entretiens ne sont pas anodines. Un lieu neutre, à l'écart des espaces de travail habituels, favorise la confidentialité et met la personne auditionnée plus à l'aise. La présence de deux enquêteurs — l'un menant l'entretien, l'autre prenant des notes — permet une meilleure qualité d'écoute et une trace plus fiable des échanges.
L'audition est le cœur de l'enquête interne. C'est là que se recueillent les témoignages, que se confrontent les versions, que se dessine progressivement la réalité des faits.
La jurisprudence a posé des exigences claires : l'enquête doit être conduite « de façon méticuleuse, paritaire et loyale ». Concrètement, cela signifie :
L'enquête doit également être menée à charge et à décharge. L'objectif n'est pas d'accumuler des éléments contre une personne préalablement désignée comme coupable, mais de rechercher la vérité, quelle qu'elle soit.
Bien que l'enquête interne ne soit pas soumise aux règles de la procédure pénale, il est fortement recommandé d'accorder aux personnes auditionnées des garanties équivalentes à celles de l'audition libre :
Ces droits doivent idéalement être notifiés dès la convocation, envoyée au moins trois jours ouvrés avant l'entretien.
Certaines pratiques peuvent compromettre la validité de l'enquête ou exposer l'entreprise à des contentieux :
À l'issue des investigations, un rapport écrit doit synthétiser l'ensemble de la démarche. Ce document, qui engage la responsabilité de ceux qui l'ont rédigé, comprend généralement :
La confidentialité impose de limiter strictement la diffusion des conclusions. Seules doivent être informées les personnes qui ont besoin de l'être :
Si les faits sont établis, plusieurs types de suites peuvent être envisagées :
Si les faits ne sont pas établis, le dossier est classé. Les données collectées doivent être détruites dans un délai de deux mois, sauf si un contentieux est en cours ou prévisible.
Une enquête interne bien menée repose sur quelques principes simples mais exigeants : réactivité dans le traitement de l'alerte, rigueur dans la conduite des investigations, respect scrupuleux des droits des personnes, et transparence dans la communication des résultats.
Pour les entreprises, investir dans la professionnalisation de cette fonction est un choix stratégique. Les dispositifs d'alerte et d'enquête efficaces permettent de détecter les problèmes avant qu'ils ne dégénèrent, de protéger les lanceurs d'alerte qui jouent un rôle essentiel de vigie, et de démontrer aux parties prenantes que l'organisation prend ses engagements éthiques au sérieux.
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