
La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a publié de nouvelles lignes directrices relatives au répertoire des représentants d'intérêts, entrées en vigueur le 1er octobre 2023. Cette mise à jour intervient dans un contexte de croissance significative du lobbying déclaré en France : au 1er juillet 2023, 2 871 représentants d'intérêts étaient inscrits sur le répertoire, soit une hausse de près de 16% par rapport au bilan établi au 1er mai 2022.
Cette évolution s'inscrit un an après l'extension du périmètre du répertoire au secteur public local. Dans le même temps, la place occupée par les actions de représentation visant des dispositifs législatifs a augmenté : 51,5% des activités déclarées sont relatives à la loi, contre 32,5% en 2021. L'extension au secteur public local a induit l'inscription de 431 nouvelles entités au répertoire.
Les nouvelles lignes directrices ont vocation à « éclairer les représentants d'intérêts en explicitant les notions figurant dans la loi et son décret d'application n° 2017-867 du 9 mai 2017 et en formulant des recommandations ». Elles s'inscrivent dans le cadre du travail de pédagogie dont fait preuve la HATVP et ont été soumises à consultation auprès d'un échantillon d'organismes représentatifs.
Dans le cadre de la définition de la notion de représentant d'intérêts, la HATVP déduit de l'article 18-2 de la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique, un critère organique associé au statut de la personne concernée et un critère matériel relatif à son activité.
Concernant la définition des activités de représentation d'intérêts, l'article 18-2 de la loi et l'article 1er du décret du 9 mai 2017 supposent la réunion de cinq conditions cumulatives :
La HATVP ne distingue désormais plus trois mais quatre types d'entrées en communication :
Cette dernière catégorie constitue une nouveauté majeure des lignes directrices 2023, reflétant l'évolution des pratiques de communication et l'importance croissante des réseaux sociaux dans les relations entre représentants d'intérêts et responsables publics.
La Haute Autorité précise sa doctrine relative à l'organisation d'événements au cours desquels sont invités des représentants publics. Pour ce type d'événements, la qualification d'entrée en communication peut être déduite du faisceau d'indices suivant :
La Haute Autorité apporte une clé de lecture permettant de déterminer si une entrée en communication tendant à l'obtention d'une décision individuelle relève ou non de la représentation d'intérêts.
Constitue une action de représentation d'intérêts : toute entrée en communication, autre qu'une simple démarche administrative, tendant à influer sur un responsable public pour l'inciter à prendre une décision, avant que l'instruction de celle-ci ne soit engagée.
Ne constitue pas une action de représentation d'intérêts : une démarche auprès d'un responsable public pour l'instruction d'une demande dans les conditions prévues par un texte législatif ou réglementaire.
Sont exclues du champ d'application de la représentation d'intérêts les communications suivantes :
Lorsqu'une décision principale est exclue du champ de la représentation d'intérêts et que d'autres décisions présentent un lien tel que la délivrance de la décision principale implique la délivrance d'une ou plusieurs décisions subséquentes nécessaires à l'exécution de la décision principale, alors ces dernières sont également exclues.
Le principe retenu par la Haute Autorité est celui d'une exclusion de la notion d'activité de représentation d'intérêts des relations intervenant dans le cadre d'une procédure de marché public pour répondre aux sollicitations de l'acheteur public.
Toutefois, une précision nouvelle concerne les entrées en communication « intervenant en amont de la procédure de passation du contrat, ayant pour objet d'influencer l'acheteur public afin qu'il engage une telle procédure ». De telles actions sont susceptibles de constituer une action de représentation d'intérêts et doivent donc être déclarées.
Lorsqu'une personne physique est membre de plusieurs personnes morales, l'attribution des actions de représentation d'intérêts dépend de l'intérêt défendu lors de ces actions.
En cas de démarches conjointes (par exemple lorsqu'une fédération professionnelle mène une action avec une des entreprises qu'elle représente, ou lorsqu'un cabinet de conseil ou d'avocats est accompagné de l'un de ses clients), chacune des personnes morales doit comptabiliser une entrée en communication et, en cas d'inscription sur le répertoire, déclarer une action de représentation d'intérêts.
Dans le cas d'un groupe de sociétés, tant la société-mère que ses filiales doivent comptabiliser leurs entrées en communication afin de savoir si elles doivent individuellement s'inscrire sur le répertoire.
Lorsqu'un représentant d'intérêts ne dispose pas de numéro SIREN ou de numéro d'identification au répertoire national des associations, il peut prendre directement contact avec la HATVP par l'intermédiaire du téléservice pour se voir attribuer un numéro d'identification.
Pour l'ensemble des clients, mandats et groupes de sociétés, il convient de déclarer l'identité des tiers pour le compte desquels des actions de représentation d'intérêts sont effectuées.
Les demandes de désinscription sont justifiées dans le cas d'une cessation d'activité ou de l'abandon de la qualité de représentant d'intérêts de manière pérenne. Un abandon temporaire ne doit entraîner qu'une déclaration de non-activité. Les éléments communiqués à la HATVP demeurent accessibles sur le répertoire pendant 5 ans après la désinscription.
La HATVP préconise, pour les objectifs poursuivis, d'ajouter des observations dans la case dédiée afin d'apporter des informations complémentaires. On observe une évolution progressive vers un contrôle plus qualitatif du contenu du répertoire : les observations accompagnant les déclarations ont fait un bond de 11% entre 2022 et 2021.
Les représentants d'intérêts doivent renseigner les frais liés à la rémunération des personnes effectuant les actions à déclarer. Dans le cas de la mise à disposition par un représentant d'intérêts d'une personne physique à titre gratuit au sein d'un autre représentant d'intérêts dont il est membre (association, fédération professionnelle), le représentant d'intérêts dont dépend le salarié doit prendre en compte une quote-part du salaire au titre des dépenses annuelles à déclarer.
Concernant les frais d'expertise dans un groupe de sociétés, seule l'entité qui paie l'expertise devra déclarer les frais afférents, sauf si celle-ci refacture l'expertise à une autre société du groupe.
Le jour de la publication de ces nouvelles recommandations, la HATVP a communiqué des propositions visant à adapter le dispositif de régulation du lobbying :
Ces propositions témoignent de la volonté de la HATVP de faire évoluer le cadre réglementaire pour mieux l'adapter aux réalités du lobbying contemporain et améliorer la transparence de la vie publique.
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