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IA & Métiers du droit

Qu'est-ce que le legal design ? Définition, méthode et outils

Bureau organisé avec des piles de documents, des dossiers et des notes
Catégorie de l'article :
IA & Métiers du droit
Date de l'article :
9/9/2026
Résumé de l'article :
Le legal design n'est pas du graphisme : langage clair normé ISO 24495, pictogrammes, schémas. La méthode, ses étapes et ce qu'elle ne remplace pas.
Auteur de l'article :

Un contrat que personne ne relit jusqu'au bout, des conditions générales de vente qui découragent le client avant même la première clause, une note de service que les équipes n'appliquent pas faute de l'avoir comprise : ces situations n'ont rien d'exceptionnel. Elles décrivent au contraire l'expérience quotidienne de la plupart des destinataires de l'information juridique, submergés par des textes denses et peu accessibles. Le legal design est né de ce constat. Il ne s'agit pas d'une nouvelle branche du droit, mais d'une méthode qui emprunte au design la préoccupation de l'utilisateur final pour repenser la manière dont l'information juridique est produite, structurée et présentée.

D'où vient le legal design ?

Le terme trouve son origine dans les travaux du Legal Design Lab, fondé en 2013 par Margaret Hagan à la Stanford Law School, en lien avec la Stanford d.school. Ce laboratoire s'est donné pour mission de concevoir de nouveaux outils et services juridiques centrés sur les besoins réels de leurs utilisateurs, dans une logique d'accès au droit (Stanford Legal Design Lab).

Le principe est simple à énoncer, plus exigeant à appliquer : une information juridique n'a de valeur que si son destinataire la comprend, s'en souvient et sait ce qu'il doit en faire. Simplifier ne veut pas dire appauvrir le fond. Il s'agit au contraire de sélectionner ce qui doit être dit, de le structurer et de choisir le format le plus adapté à la cible et à l'objectif poursuivis. Deux questions précèdent ainsi tout projet de legal design, quel que soit le support envisagé : à qui s'adresse-t-on, et que veut-on obtenir de ce destinataire. Bien posées, elles évitent l'écueil inverse, celui d'une simplification qui ferait perdre son sens au message.

L'enjeu dépasse le confort de lecture. Un destinataire qui comprend ce qu'on attend de lui l'exécute plus facilement, ce qui réduit d'autant les incompréhensions et, en bout de chaîne, les contentieux qui en découlent souvent.

Qu'est-ce que le langage clair juridique ?

Avant tout visuel, le legal design commence par l'écriture. Un texte rédigé en langage clair permet à son lecteur de savoir immédiatement de quoi il traite et s'il est concerné, d'en saisir l'essentiel en un coup d'œil, de ne pas avoir à le relire pour le comprendre, et de retenir ce qu'il doit en retenir. Cette exigence n'est plus seulement une bonne pratique professionnelle : elle est désormais encadrée par une norme internationale. L'ISO 24495-1, publiée en juin 2023, fixe les principes généraux du langage clair pour tout type de document. Une norme fille, l'ISO 24495-2, publiée en août 2025, décline spécifiquement ces principes à la communication juridique, qu'il s'agisse de lois, de contrats, de décisions de justice ou de notes internes (Village Justice).

Concrètement, réécrire un texte en langage clair suppose de définir son objectif, d'identifier le public visé, de trier puis de hiérarchiser les informations avant de les reformuler. C'est un exercice qui se travaille et qui, en cabinet comme en entreprise, gagne à être testé auprès de lecteurs non spécialistes avant diffusion.

À quoi servent les pictogrammes en legal design ?

Le recours aux symboles et aux pictogrammes répond à la même logique d'efficacité : une image bien choisie transmet une information en un temps très inférieur à celui de sa lecture en texte. L'État y a par exemple eu recours pendant la crise sanitaire, en dotant les tests de dépistage d'illustrations destinées à en faciliter la compréhension et la manipulation. Le choix d'un pictogramme n'est cependant jamais neutre : il repose sur des codes culturels (une silhouette avec des couettes pour désigner une petite fille, une balance pour la justice) qui peuvent varier d'un pays à l'autre. Toute communication destinée à un public international doit donc vérifier que les représentations utilisées seront comprises de la même manière par tous les destinataires.

Quand utiliser un schéma ou une infographie juridique ?

Lorsque l'information comporte de nombreux chiffres, plusieurs étapes ou de multiples relations entre ses éléments, le texte seul atteint vite ses limites. L'infographie répond alors à trois besoins : rendre l'information attractive, la rendre compréhensible, et la rendre mémorisable. Sa réussite ne tient pas seulement au contenu retenu, mais à la manière dont il est organisé pour guider le lecteur : la taille des éléments, la couleur ou la combinaison entre texte et illustration créent des niveaux de lecture qui hiérarchisent le message. Un bon support de legal design ne se contente pas de juxtaposer des informations importantes, il construit un véritable parcours de lecture qui conduit le destinataire du point de départ jusqu'au message essentiel.

L'intelligence artificielle peut-elle faire du legal design ?

Non, pas à elle seule. C'est le point le plus souvent négligé lorsqu'on aborde le legal design par la seule technique : les outils d'intelligence artificielle ou les agences spécialisées en création graphique peuvent produire des visuels, mais ils ne remplacent pas le travail préalable d'analyse. C'est ce travail de structuration de l'information, en amont de toute mise en forme, qui constitue le cœur du legal design et qui permet ensuite de formuler une commande pertinente, que ce soit à un prestataire ou à une intelligence artificielle, et de porter un regard critique sur le résultat obtenu.

Fleurus Formations accompagne les organisations publiques et privées qui souhaitent s'approprier cette méthode, de la définition d'un objectif de communication jusqu'à la conception de supports concrets, dans le cadre de la formation Initiation au legal design. N'hésitez pas à nous contacter pour échanger sur vos besoins en la matière.

Article rédigé par Maître Fleur Jourdan, avocate fondatrice de Fleurus Avocats et formatrice en droit public, éthique et compliance.